Scènes de managers

Publié le par P.A.K.O.

Boum les pneus crevés, tout s’arrête, le Beb la cheville en miette, pas question de scène avant un bon bout de temps…
Alors que fait Soggy à l’arrêt forcé ? Tout sauf de l’inaction, au contraire cette période supposée calme va voir les évènements se précipiter et s’entremêler.
Le groupe part déjà d’un constat sur ses prestations scéniques, le rôle et le tranchant des solos d’Eric, sa participation au jeu de scène, font que la rythmique est forcément moindre. Or pour en mettre plein la gueule au public il faut une rythmique implacable, qui érige un véritable mur du son, un support indéfectible pour laisser s’exprimer Beb et Eric.
La décision est prise d’auditionner des guitaristes rythmiques, mais attention ! Il faut aussi que le gars aie le LOOK et l’ESPRIT SOGGY…tâche difficile dont Koso est le seul à se sortir.
Voici le groupe en repèt à 5 pour la 1ere fois, avec un Beb pour une fois sage et qui peut se concentrer sur son chant, vu qu’il est cloué sur place.
Mais Soggy, c’est pas fait pour la quiétude ! Voici qu’une autre surprise se présente, malgré ses indéniables résultats, Norbert n’affiche plus le feu sacré, les rapports au sein du groupe se tendent et la décision est finalement prise de changer de manager.
Un autre complice de longue date de la bande sera choisi pour booster le groupe le plus haut possible, François « truman » Alvarez..
Mais les surprises ne font que commencer, c’est soudain la providence qui va décider de s’en mêler.
Le groupe a tellement concentré son énergie sur les tournées que l’aspect disque n’a pas été vraiment abordé, à fond dans sa logique d’auto production et persuadé que ses ambitions et son refus de « chanter en français » le coupent irrémédiablement du show biz franchouillard et des ses Trusteries, Soggy n’a pas prévu d’enregistrement « commercialisable » ses sessions en studio servent principalement de carte de visite qui peuvent être envoyés aux différents organisateurs.
Soudain la donne change, une généreuse donatrice fan du groupe réalise un gain substantiel au Loto et offre une partie de cette manne au groupe pour réaliser un 45 T.
Comme souvent dans des périodes euphoriques les opportunités et les rencontres s’enchaînent, partis à Paris voir un concert au Palace – ah, ce croisement entre le public rock/punk et les clubbers à la sortie des concerts – Olivier et François « manager II » tombent sur un fanzine distribué gratuitement à la sortie des concerts : Gig, ce fanzine a pour projet de distribuer des 45 T ou des EP avec le magazine et de fonder une sorte de label sans trop de moyens financiers.
L’idée pour Soggy sera de bénéficier de la diffusion de Gig pour accroitre la promo autour de la sortie du 45T, Soggy a toujours suscité de nombreux articles de presse par son approche rentre dedans, sa grinta un peu hâbleuse et le bouche à oreille autour de ses prestations. Best la bible du rock d’alors leur avait consacré un article et la presse régionale les suivait régulièrement, à Reims ils agaçaient la concurrence avec leur omniprésence dans l’Union et les magazines locaux.

Soggy-vs-Best-copie-1.jpg 
Des sous, un label, il reste à trouver les titres à enregistrer et où les enregistrer, le studio.
Pour les titres Waiting for the War et 47 Chromosoms se détachent assez nettement du répertoire du moment, même si l’excellentissime Cellulitis is the Top of the Shapeless Bodies n’est pas loin.
Pour le studio, si Leslie était parfait pour des démos, son équipement d’alors ne permets pas l’enregistrement dans un but de pressage et de diffusion, en plus Soggy qui s’est donné les moyens d’avoir un son de scène irréprochable, entends ne pas décevoir sur disque avec un son « cheap », il faut les moyens vingdiou !
C’est finalement Eric et François « manager II » qui trouvèrent dans un coin de Belleville, le Studio Florida. Le groupe décida de réserver pour une session d’une nuit complète pour rester concentrés et enregistrer dans des conditions les plus proches possible du « live ».
Et le 21 avril 1981 le camtar de Soggy godille sur les pavés de Belleville et vomit le mathos des musiciens devant la porte du studio. En plus des 4 musiciens, Koso pas encore au point ne participe pas à la session ; son présents François « truman » Alvarez et un nouveau venu Thierry « driver » Gendarme qui ne tardera pas à devenir Tour Manager.
ZZooouuu une nuit blanche et les 2 titres, joués, joués, répétés, sus sur le bout des doigts, sont dans la boîte, un magnifique cylindre métallique contenant la bande 24 pistes.
Entre temps Soggy avait rencontré celui qui sera son photographe « officiel » Michel « bougecoco » Jolyot qui avait pris à New York les dernières photos furtives de John Lennon avant son shooting, Michel réalisera les photos de la pochette du 45 T et plus tard celle de l’affiche de tournée ainsi que de nombreuses photos de scène et privées de membres du groupe.

45-T-copie-1.jpg  La photo originale du verso de la pochette du 45 T
Une fois encore Soggy va innover, pas question de sortir un disque sans promo et comme les gars de Gig ne semblent finalement pas exagérément fiables, le groupe se tourne vers ce qu’il sait le mieux faire, le « do-it-yourself » et décide de se payer carrément UNE PLEINE PAGE DE PUB DANS BEST pour la sortie du 45 T, du jamais vu pour un groupe autoproduit et une idée qui fera beaucoup pour le retentissement national du groupe et le souvenir qu’il laissera dans le temps.
Beb est remis, le gars est solide, il a cartonné du string à mort et est de nouveau en pleine possession de ses moyens, les concerts peuvent enfin reprendre.
Mi mai est enregistré sur FR3 Reims, pour Hebdo + de Jean Etienne Frère ; un passage de Cairn et de Soggy les 2 groupes emblématiques de la ville. Les techniciens sont tellement circonspects devant « comment capter cette débauche scénique » qu’ils balancent un fond de couleurs kaleïdoscipo-psychédéliques et chargent une vidéo qui là aussi fera date.
Waiting for the War est diffusé le 23 mai (un samedi) alors que Soggy joue à Vitry le François avec Epsylon un des tous meilleurs groupes régionaux d’alors (le parcours de Fred « 51’s » Rochette en témoigne)
La sortie du 45 T est différée plusieurs fois, la participation de Gig se révélant de plus en plus symbolique ; et il arrive finalement dans les bacs mi juin, le groupe jouant le 12 dans une salle des Cordeliers archi bondée de plus de 400 fans, Soggy n’ayant pas joué à Reims depuis plus d’un an.

Soggy-presse.jpg Articles dythirambiques de la presse avant le concert des Cordeliers
Aidé par l’enthousiasme des vendeurs de La Clé de Sol, le 45 T se classe 5ème des ventes de ce qui est alors le plus gros disquaire indépendant de France, parallèlement François « manager II » Alvarez à rencontré Patrick Mahé de New Rose qui a accepté de distribuer le 45 T dans sa mythique boutique parisienne. Patrick qui vient de créer son label est tenté de signer Soggy, mais il est trop tôt, le risque est trop important pour lui et il souhaiterai (encore un !) que le groupe chante en français…moyennant quoi Soggy aurait pu être la seconde signature du label après les Saints !
Soggy est alors sur une phase ascendante qui doit les mener vers une reconnaissance nationale et plus encore, après la Suisse des contacts arrivent de Belgique, et une tournée commence à se monter pour l’été pour capitaliser sur la sortie du single et sur l’impact de la pub – des courriers de fans arrivent de toute la France – mais le succès va vite avoir des revers.
Soggy ne le sait pas encore mais il atteint déjà son zénith, le prochain épisode sera celui des égos qui enflent et des premières dissensions tous azimuths


Retrouvez cette vidéo en version remasterisée et resynchronisée à l'adresse : http://reimspunknroll.free.fr/mp3/soggy/Soggy.mp4

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olivier petit 12/03/2008 15:13

pas moyen de lire la video remasterisée